Lettre de Patrick le Hyaric : La SNCF et les cheminots : faux arguments


Lettre de P. Le Hyaric

(site de P. Le Hyaric)

Faux arguments

Quelle charge ! Quelle violence ! Une coalition médiatique au service du pouvoir et des institutions européennes mène la guerre à notre société nationale des chemins de fer et à celles et ceux qui y travaillent. Nous vivons un moment d’intox aussi puissant qu’au moment du débat sur le traité européen fin 2004 et 2005.

J’ai relevé ici quelques faux arguments afin de remettre les choses à l’endroit.

Situation intenable ?

D’abord le 26 février, le Premier ministre lit un texte à Matignon expliquant que « la situation est alarmante pour ne pas dire intenable ». Le 27, la SNCF annonce ses résultats. Un chiffre d’affaires augmentant de plus de 4% à 33,5 milliards d’euros et un bénéfice net triplé depuis 2016 à 680 millions auquel il faut ajouter 900 millions de SNCF Mobilités.

Des billets trop chers ?

C’est cher pour certaines lignes. Mais pour faire 100 km en France, le prix moyen est de 7,8 € contre 24 € en Autriche, 28,6 € en Suisse ou 29,7 € au Danemark.

Trop de cheminots ?

Pour 100 km, la SNCF emploie en moyenne 5 cheminots, la compagnie allemande Deutsche Bahn en emploie 5,9.

L’Europe oblige ?

Il n’y a aucune obligation de changer le statut de la SNCF dans la directive de décembre 2016. Mais il est vrai que dans le cas de la Poste par exemple, la Commission européenne avait lancé une procédure contre la France. La Cour de justice avait alors soutenu la Commission, considérant que le statut dit EPIC (établissement public) de la Poste lui permettait d’emprunter à des taux d’intérêt très bas. Mais ne faut-il pas mener un combat politique à ce sujet à l’heure où la Banque centrale européenne fournit aux banques des liquidités à taux nul ? Ces mêmes banques qui parfois ne peuvent pas faire de crédits faute de demandeur replacent ce même argent au taux de… -0,4%.

La directive européenne ne comporte aucune disposition sur le statut des cheminots. C’est la « concurrence » qui fait peser des menaces sur les droits et rémunérations mais la directive de 2001 sur les transferts de personnels ne demande pas une diminution des droits ni la remise en cause du statut. C’est donc pour favoriser « l’attractivité » de compagnies privées afin de diminuer la rémunération du travail que le pouvoir tente de passer en force. Compte tenu de la pyramide des âges à la SNCF, le pouvoir veut « précariser », « insécuriser » le travail pour les profits.

 

Impôts et qualité du service ?

Des chiffres astronomiques circulent. Par exemple la ministre des Transports a dit qu’en 2017 les contribuables ont versé 14 milliards à la SNCF.
Si c’est vrai, c’est la confirmation que la SNCF appartient bien à la Nation. Ouvrir nos gares et nos rails au privé reviendrait à leur permettre de faire fructifier leur capital sur des outils publics, propriété sociale et nationale. Mais allons plus loin !

À la fin des années 2000, le gouvernement Fillon-Sarkozy lance un programme de grands travaux sans mettre en face l’argent nécessaire. Ce programme comporte la remise en état de certaines voies et la construction de quatre lignes grande vitesse. Ce n’est pas la SNCF qui décide. Encore moins les cheminots accusés de tous les maux. Mais c’est la SNCF qui paie. 3,2 milliards d’euros pour 2 milliards d’aides publiques, le reste étant couvert par de l’emprunt. En 2012, la SNCF doit débourser à nouveau 4,3 milliards puis encore 5,3 en 2015. Sur ces sommes, l’aide publique avoisine les 2,3 milliards. Le reste, la SNCF l’emprunte sur les marchés financiers aux taux du marché, c’est-à-dire à des taux très élevés. Entre 2007 et 2017, les intérêts de la dette ont augmenté de 10,3 milliards d’euros. Ainsi quand l’entreprise SNCF emprunte 100 € elle n’investit réellement que 41 € car les 59 € restants servent à payer les banques et fonds qui prêtent l’argent.

C’est la rente financière sur nos biens communs. Le cheminot travaille pour partie pour la banque. Une part du billet de l’usager sert à payer la banque et les ogres de la finance. Autrement dit, non seulement le cheminot n’est pour rien dans la dette mais il en est, comme l’usager, la victime. Les intérêts sont donc communs dans le combat contre la haute finance.

Le financement ?

La privatisation des autoroutes par Dominique De Villepin en 2006 a privé de sommes importantes l’AFITF (Agence de financement des infrastructures de transport de France). Aujourd’hui les actionnaires privés des autoroutes empochent 4,7 milliards €. C’est la différence entre l’intérêt général et l’intérêt privé. À ceci il faut ajouter le manque à gagner de la suppression de « l’écotaxe ».

Productivité et salaire ?

Depuis 2004, 2000 emplois sont supprimés chaque année à la SNCF.
Le taux de productivité des cheminots durant cette période a augmenté de 3,2% contre 1,9 pour l’ensemble de l’économie.
Le salaire moyen d’un chef de bord est de 1269 € net. Le salaire moyen toutes catégories est de 2988 € brut. La durée des cotisations ouvrant droit à la retraite est de 41,5 années. La durée du travail est de 35h et 132 jours de repos annuels y compris les récupérations des week-ends travaillés. Rien donc à voir avec les prétendus « privilèges ».

P. Le Hyaric

 

avril 8, 2018

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