Transition. Des lignes pour mettre la France sur les bons rails climatiques (L’Humanité)

Lundi 27 Septembre 2021Lucas Martin-Brodzicki

https://www.humanite.fr/transition-des-lignes-pour-mettre-la-france-sur-les-bons-rails-climatiques-721643

Le Shift Project présentait ce week-end, à Lyon, les avancées de son plan de transformation de l’économie française, censé permettre d’atteindre la neutralité carbone en 2050 dans l’Hexagone. L’emploi reste la grande question.

Lyon, correspondance.

L’amphithéâtre est plein. Près de 1 000 personnes écoutent attentivement, un constat, en guise d’introduction, qu’elles connaissent déjà bien. « Ce que nous avons vécu ces derniers mois en Allemagne, dans le Gard, en Sibérie, est une sorte de bande-annonce de ce que l’on va vivre pendant des dizaines d’années. Ce sera d’autant plus douloureux que nous continuerons de relâcher du COdans l’atmosphère », prévient Alexandre Barré, président de l’association The Shifters, organisatrice de l’événement et soutien du laboratoire d’idées The Shift Project, dont l’ambition est d’éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique.

Un travail collaboratif

Du 24 au 26 septembre, sur le campus de l’Institut national des sciences appliquées de Lyon, s’est tenue sa première université d’été. Au Shift, c’est la technique qui doit guider les débats. Et, pour les alimenter, l’organisation planche sur une série de propositions : le plan de transformation de l’économie française (PTEF). En clair, comment atteindre concrètement l’objectif affiché par la France de neutralité carbone en 2050, cet équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) et leur absorption ? Libre ensuite aux responsables politiques de se saisir de ce travail en gestation, secteur par secteur. Conçu comme une équation à résoudre – réduire progressivement les émissions de GES françaises tout en créant des emplois –, le PTEF devrait être finalisé début 2022. Un livre plus accessible, à l’intention du grand public, est aussi en cours d’élaboration. L’université d’été était donc l’occasion de présenter l’avancement de ce travail collaboratif.

Secteur par secteur

Côté fret, par exemple, Nicolas Raillard, chargé du dossier, prévient : « Il va falloir un effort volontariste dès le prochain quinquennat pour massifier l’usage du ferroviaire et du fluvial sur les trajets supérieurs à 500 km. » Des reports modaux dans le jargon, qui vont être gourmands en nouvelles infrastructures. Les poids lourds résiduels devront passer au tout-électrique. Aujourd’hui, ils représentent 25 % des émissions de GES liées aux transports en France. Le Shift Project s’attend, par ailleurs, à une baisse structurelle de la demande de fret. La démarche secteur par secteur prend alors tout son sens mais montre aussi l’étendue de la tâche. Car, pour l’agriculture, responsable de près d’un cinquième des émissions françaises, le PTEF préconise une relocalisation de la production et de la consommation des produits agricoles. Ce qui devrait participer à baisser la demande de fret, évoquée plus haut. Or, si cette relocalisation prend plus de temps qu’espéré, elle menace la cohérence de tout l’ensemble. Un retard qui, au regard du climat, peut se payer en dixième de degré supplémentaire.

Des défis plus que des contraintes

Chaque responsable de secteur reste pourtant optimiste. Si le problème est objectivable, les solutions doivent l’être aussi. Certaines politiques nécessaires sonnent comme des défis plus que des contraintes, comme la constitution d’une filière bois. « Il faut dès à présent considérer le bois comme une ressourcestratégique », avertit Éric Bergé, chargé de l’industrie au Shift Project. Comprendre : ce n’est pas du tout le cas actuellement. Et de citer l’exemple médiatisé des grumes françaises exportées en Chine, pendant que les scieries du pays sont en manque de matières premières.

Icon QuoteQuid de l’ouvrier automobile à qui l’on va demander de se reconvertir dans le maraîchage ? Comment continuer de recruter dans des secteurs indispensables aujourd’hui mais condamnés dans quinze ans ?

Constituer une filière bois, relocaliser la production alimentaire, rénover les bâtiments, former des réparateurs de vélos : l’ensemble créera plus d’emplois qu’il n’en détruira, prédit le Shift Project. L’organisation calcule que, sur les 4 millions d’emplois actuels dans les secteurs étudiés, 800 000 auront disparu en 2050 mais 1,1 million auront été nécessaires par ailleurs. Toutefois, certaines industries vont souffrir plus que d’autres. Alors quid de l’ouvrier automobile à qui l’on va demander de se reconvertir dans le maraîchage ? Comment continuer de recruter dans des secteurs indispensables aujourd’hui mais condamnés dans quinze ans ? Sur cette question précise de l’emploi, où sur les mathématiques l’humain prend le dessus, les solutions manquent. Invitées à se prononcer, lors d’une table ronde, sur les propositions du PTEF, les organisations syndicales et patronales présentes (Medef, CFDT, FO, CFE-CGC et le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise) se sont mises d’accord sur un point : face à l’ampleur du défi climatique, la planification n’est plus un gros mot.

septembre 29, 2021