Aménagement. Entrepôt XXL : Amazon rate son atterrissage dans le Grand-Ouest (L’Humanité)

Mercredi 27 Octobre 2021Marie-Noëlle Bertrand

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Le projet d’implanter un site de stockage de 189 000 m2 à Montbert, près de Nantes, ne verra pas le jour, ont annoncé les élus intercommunaux.

Au fil des ans, elle est devenue la bête à abattre aux yeux des militants pour la justice climatique et sociale : Amazon vient d’y laisser quelques plumes. Le 25 octobre, la Communauté de communes de Grand Lieu, en Loire-Atlantique, a annoncé mettre fin au projet de méga-entrepôt qu’envisageait de bâtir à Montbert le géant américain du e-commerce. Prévu sur une surface de 189 000 m2, le site de stockage aurait été le premier de cette envergure à s’implanter dans le Grand- Ouest. La perspective avait mis en alerte riverains et petits commerçants, qui avaient engagé un recours en justice. La CGT, SUD, Attac, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ou encore la Confédération paysanne étaient dans la bataille, ainsi que les Amis de la Terre, financeurs du recours.

Engluée dans les contraintes

Le temps nécessaire à la procédure juridique paraît avoir découragé la multinationale autant que les élus. « Le projet Amazon semble englué dans des contraintes (techniques et juridiques) sans doute sous-estimées », indiquent ces derniers dans un communiqué Au mieux, estiment-ils, le centre logistique n’aurait pu sortir de terre qu’à partir de 2025.

Déjà, l’an dernier, les organisations avaient remporté une bataille similaire à Ensisheim, en Alsace. Au total, 12 projets d’entrepôts sont dans la ligne des acteurs climatiques et sociaux, lesquels dénoncent tout le système dont Amazon est le porte-drapeau.

Socialement, l’e-commerce tue 2 à 4,5 fois plus d’emplois qu’il n’en créerait, estiment les organisations. « Entre 2008 et 2020, malgré 400 000 créations d’emplois, il a provoqué la destruction net de 670 000 emplois », induits par la disparition des petits commerces, avancent les Amis de la Terre dans un rapport publié l’an dernier. Dans le même temps, en France, la multinationale n’est pas considérée comme un commerce mais comme une industrie, ce qui lui permet d’être exemptée « d’environ 30 millions d’euros de taxes sur les surfaces commerciales par an ».

Une industrie très énergivore

Son impact environnemental vaut quant à lui à la plateforme de se faire épingler au rang des entreprises les plus polluantes au monde. Amazon elle-même admet émettre l’équivalent de 10 % des émissions de gaz à effet de serre de la France – ou 100 % de celles de la Bolivie. « Dans les faits, l’absence de transparence rend très difficile le calcul », reprend Alma Dufour. Les Amis de la Terre travaillent à un rapport sur le sujet, qu’ils espèrent boucler d’ici quelques mois. Leurs estimations sont encore approximatives, mais laissent déjà entrevoir une réalité bien plus dérangeante.

« Aujourd’hui, Amazon ne comptabilise que les émissions liées à ses data centers et ses livraisons par la route », poursuit la chargée de campagne. Considéré comme intervenant en amont de la transaction, le transport par avion n’entre pas dans ses calculs. Or, « on sait que l’e-commerce est un élément d’intensification du trafic aérien : l’aéroport de Roissy estime qu’il vaut pour 50 % du fret, et que cette part va augmenter ».

De la même manière, Amazon ne comptabilise pas les émissions générées par les produits qu’elle stocke et redistribue. « On estime à la louche à près de 15 milliards le nombre de produits qui transitent par ses entrepôts chaque année », reprend Alma Dufour. Tous comptes établis, la multinationale pourrait être à l’origine d’émissions plus importantes que celles produites par la France sur son territoire et à l’étranger.

À quelques jours de l’ouverture de la COP26, à Glasgow, l’abandon du projet d’entrepôt à Montbert est vécu comme une victoire climatique par les militants. Ils ne baissent pas la garde. « On le devine, Amazon doit déjà chercher un autre site où s’installer, conclut Alma Dufour. Nous nous tenons prêts à réagir. »

octobre 27, 2021