Climat. Faire vite et juste : les points clés du rapport du Giec

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat vient de rendre ses conclusions sur les capacités d’adaptation de nos sociétés au réchauffement à venir. Elles existent, mais la fenêtre de tir diminue à mesure que la température augmente. Publié leLundi 28 Février 2022

Marie-Noëlle Bertrand L’Humanité

Le rapport du Giec établit « sans équivoque » la responsabilité de l’activité humaine dans le réchauffement de la planète. © AFP

Quels sont les impacts du réchauffement climatique et comment y faire face ? Le Giec a rendu public ce 28 février le deuxième volet de son rapport d’évaluation. Le premier, publié fin août, avait établi que le réchauffement anthropique – causé par les activité humaines – s’accélère. Dès 2030, la température globale mesurée à la surface du globe devrait avoir augmenté de +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Cette première partie avait également posé sur la table quatre scénarios de hausse des températures d’ici la fin du siècle, dépendant de notre capacité à réduire ou non nos émissions de gaz à effet de serre. Enfin, elle avait dressé l’étendue des impacts de chacun d ces scénarios sur les écosystèmes.

 QU’EST-CE QUE LE GIEC ? Voir notre éclairage ci-dessous

Ce deuxième chapitre précise les menaces auxquelles seront confrontées nos sociétés. Il établit aussi un inventaire des solutions à mettre en oeuvre pour nous y préparer. Tout n’est déjà plus envisageable, alerte-t-il : certains effets sont admis comme irréversibles et dépassent nos capacité d’adaptation. La suite dépendra des actions entreprises. Il faut vers vite et juste, précisent les spécialiste, qui relèvent que la justice sociale sera un pililer de notre capacité de résistance aux changements.Lire aussi : Océans et fonte des glaces : ce qui est réversible et ce qui ne l’est pas

Ce week-end, la commuatuté internationale a adopté le «résumé aux décideurs» de ce deuxième volet. Il est le fruit d’un consensus entre ce que disent les scientifiques et ce qu’acceptent d’en retenir les gouvernements internationaux. En voici les principaux messages.

1 – Les pertes et dommages déjà réels

« Le changement climatique induit par l’homme, notamment l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des évènements extrêmes, a eu des effet néfastes généralisés et des pertes et dommages connexes pour la nature et les personnes, au delà de la variabilité naturelle du climat »Lire aussi : Événements extrêmes, chaque dixième de degré compte

Le constat peut paraître banal, mais cette phrase, écrite avec toute la retenue du langage diplomatique, compte parmi celles les plus débattues. A travers elle, le Giec, mais surtout les gouvernements internationaux, reconnaissent trois choses. D’abord, la responsabilité humaine du réchauffement, certes déjà établie dans les précédents rapport, mais dont la reconnaissance reste critique. Ensuite, le fait que le réchauffement provoque des évènements climatiques plus importants qu’à la normale. Enfin, et peut-être surtout, que ces derniers ont d’ores et déjà causé des dégâts humains en environnementaux. Cette question des « pertes et dommages »  est un des débats clés des négociations climatiques qui se déroulent chaque année lors des COP. Les pays en développement, singulièrement, plaident pour une aide internationale spécifique visant à couvrir les aléas qu’ils ont déjà subit ou s’apprêtent à subir à l’avenir.

2 – La capacité d’adaptation déjà dépassée dans certains cas

« L’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a entrainé des effets irréversible, des systèmes naturels et humains étant poussés au delà de leur capacité d’adaptation. » Voilà qui confirme ce qui avait déjà été mis en lumière dans la première partie de ce 6e rapport d’évaluation du Giec, publiée fin août : certains effets du réchauffement sont d’ores et déjà irréversibles. C’est le cas de la fonte des glaciers ou de la hausse du niveau des mers, qui auront des impacts sur les systèmes sociaux économiques des littoraux ou encore la ressource en eau potable de certaines région.

Le GIEC souligne aussi l’urgence face à laquelle nous nous trouvons : « Les impacts et les risques liés au changement climatique deviennent de plus en plus complexes et difficiles à gérer. De multiples dangers climatiques se produiront simultanément, et de multiples risques climatiques et non climatiques interagiront. »

Le niveau de ces impacts, toutefois, n’est pas encore écrit. Selon que les températures du globes augmenteront de 1,5°C ou de 3°C, ils ne seront pas les mêmes. Évidemment, plus le système terre se réchauffera, plus ils seront important. « Les perspectives de développement résilient au changement climatique sont de plus en plus limitées si les émissions actuelles de gaz àà effet de serre ne diminuent pas rapidement , en particulier si le réchauffement climatique de 1,5°C est dépassé à court terme. »Lire aussi : Développement, aménagement, reboisement… des adaptations positives au dérèglement climatique

3 – La justice sociale est un pilier de l’adaptation

Le développement résilient au changement climatique, c’est à dire notre capacité à résister aux évènements extrême et à anticiper les changements graduels, est encore possible à condition que « les gouvernements, la société civile et le secteur privé » opèrent des « choix de développement inclusifs qui donnent la priorité à la réduction des risques et à l’équité et la justice sociale. » En d’autres termes, les gouvernement, poussés par le constat dressé par le Giec, reconnaissent qu’il ne suffira pas d’adapter nos routes, nos habitations ou encore nos industries au changement climatique. Les décision devront prendre en compte les droits sociaux. L’emploi, l’accès à la santé ou encore à l’éducation seront facteurs de résilience pour les populations.Lire aussi : COP26. Dérèglement climatique : les États vont-ils enfin agir ?

4 – Pas de résilience sans sauvegarde de la biodiversité

C’est là encore l’un des points clés de ce 2e volet du rapport du Giec : réchauffement climatique, écosystèmes et sociétés humaines interagissent. Cette interaction peut être négative – plus l’humanité émet de gaz à effet de serres, plus la terre se réchauffe, plus les écosystèmes se dégradent, plus la concentration des gaz à effet de serre augmentent dans l’atmosphère et plus l’humanité perd en ressources. Elle peut, à l’opposé, s’avérer vertueuse. « La sauvegarde de la biodiversité et des écosystèmes est fondamentale pour un développement résilient au changement climatique (…) compte tenu de leur rôle dans l’adaptation et l’atténuation (des émissions de gaz à effet de serre) », relève ainsi le résumé aux décideurs adopté ce week-end.

QU’EST-CE QUE LE GIEC ?
Créé par l’ONU, en 1988, le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ) est un organisme intergouvernemental chargé « d’évaluer les travaux scientifiques consacrés au changement climatique ». Il regroupe des centaines de chercheurs du monde entier et produit tous les cinq à sept ans un rapport d’évaluation qui synthétise l’ensemble des connaissances sur le sujet. 

Le Giec est organisé en trois groupes travaillant sur des thèmes ainsi répartis :

  •  la physique du système climatique.
  • les impacts du réchauffement climatique sur l’environnement et les sociétés, et les mesures d’adaptation à mettre en place.
  • les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre. 

Le 28 février, le GIEC présenté le second volet de son sixième rapport réalisé à partir de l’analyse de 34 000 études..

Pour télécharger le rapport, c’est par ici !

mars 1, 2022